samedi 21 février 2009

Saga Lulu épisode 1

Lucien 45ans retraité de l’armée est placier sur le marché de Mochelaville, le samedi, il arbore une belle moustache poivre et sel comme sa chevelure, une brosse impeccable taillée au cordeau de quelques centimètres. Petit personnage d’un mètre soixante, la peau ridée non pas par les sourires, mais par la cigarette. « Lulu » n’est pas forcément quelqu’un de sympa, peut être uniquement avec les gens de sa génération, ou alors les abonnés du marché présents depuis plusieurs années. Son marché il le tient d’une main de fer, un mètre est un mètre pas de débordement possible. Le marché de Mochelaville est réputé pour être un bon marché, « on y travaille bien » toute l’année, donc beaucoup de commerçants s’y pressent. Présent sur le marché vers 7h, n’habitant pas très loin il vient à pied, décamètre en poche pour toute personne qui tenterait une roublardise au niveau du métrage. Lucien est marié, avec Gisèle passionnée de la presse people, et des jeux télévisés, ils n’ont pas d’enfant car ils ne les aiment pas.
Lucien connaît bien les mariolles sur le marché, les vendeurs de l’été, les vendeurs à la sauvette, les escrocs… Son expérience et son flair de militaire lui font rarement défaut. Lucien perçoit par la Mairie une indemnité s’ajoutant à sa retraite d’officier. Il n’est pas riche juste propriétaire de sa maison, il n’a besoin de rien, car il ne fait rien, part en vacance depuis trente ans au même endroit sur la côte dans le même camping au même emplacement avec la même caravane, les deux premières semaines de juillet. Pour rien au monde il ne changera sa voiture, une BX 19 TRD de 1984 accusant à peine cent mille kilomètres, mais pourquoi la changer elle fonctionne, son entretien quotidien la conserve dans un état irréprochable, tous les samedis elle est lavée, polishée, les moquettes shampooinées, les portières restent ouvertes dans le garage afin de ne pas écraser les joints !
La saison va commencer, quelques commerçants ont pris leurs vacances avant le grand rush et l’arrivée massive des juilletistes, donc quelques places sont vacantes et sont vite convoitées par des passagers. L’été le marché dépasse allègrement la centaine de commerçants, vestimentaires et alimentaires se côtoient pas toujours dans un très bon climat. Lulu d’ailleurs compte bien remédier rapidement à se problème en les séparant afin de ne pas avoir un marché hivernal rempli de trous ! Ce samedi une vingtaine de passagers viennent lui faire la cour lui promettant de venir toute l’année, ou lui vantant les mérite d’un nouveau produit pas encore présent sur le marché français ! Mais présent au marché de Mochelaville rendez vous compte ! Lulu est donc très organisé et ne souhaite défavoriser personne, il donne par ordre d’arrivée un reçu avec un numéro, le chiffre est accompagné d’un A s’il s’agit de l’alimentaire ou d’un V pour le vestimentaire. Il connaît quelques énergumènes qui tous les ans viennent déballer des bricoles, et souvent des merdes ! Cependant des têtes lui sont inconnues par conséquent il demande les documents administratifs de rigueur, Kbis, assurance, carte d’ambulant. Plusieurs fois il a eu des doutes sur la véracité des éléments fournis, dans ce cas, consciencieux il en informe rapidement la gendarmerie, Lulu n’aime pas les fraudeurs. Il est huit heures et l’attribution des places commence. Suivi par tous les passagers Lulu déambule fièrement dans le marché, parle assez fort, ce petit rituel lui rappelle l’armée. Une bonne demi-heure est nécessaire pour placer tout le monde. Une fois tout organisé il prend un quart d’heure pour boire le café chez « Bébert ».
A Mochelaville le prix du mètre est fixé à un euros et dix huit centimes, pourquoi dix huit centimes ? Parce que c’est l’euro. Il commence toujours sa tournée « d’encaissement » par le vestimentaire car ils travaillent plus tard contrairement à l’alimentaire ou les premières heures sont les plus juteuses, bien qu’en cette saison tous ne s’arrêtent pas jusqu’à la fin de matinée. Dans la deuxième allée de vives voix se firent entendre, apparemment une bonne engueulade entre deux commerçants. Posté à quelques mètres il regardait la scène, tentait de comprendre avant d’intervenir. Il demanda à un abonné « qu’est-ce qui ce passe là-bas ? » « Je ne sais pas soit disant que le gros a bouffé deux mètres à la jeune ». Avec ces quelques informations Lulu se rapprocha du conflit ; « Que ce passe t-il ici ? » dans un brouhaha pas possible les deux commerçants tentaient de s’expliquer. L’un prétextant que son emplacement était de 10 mètres et devait s’étaler jusqu’au poteau, et la demoiselle se défendait affirmant que son banc de 6 mètres dépassait et devait inclure le poteau. Lulu pour avoir géré plusieurs fois des crises de ce type, lors des arrivées des commerçants note toujours le nom figurant sur le Kbis et demande le métrage précis. Ces informations sont regroupées dans une « bible » chez lui dans le cahier « marché », ainsi il peut savoir le samedi 12 octobre qui était présent avec quel métrage. Il sortit de sa poche son carnet : « Monsieur… Euh… Benzicouffa lors de votre arrivée vous avez déclaré avoir besoin de 8 mètres, je juge que votre emplacement en compte dix. Mademoiselle Sanchez vous souhaitiez obtenir six mètres, n’est-ce pas ? » Elle acquiesça de la tête. Décamètre en main afin de prouver sa bonne foi à Monsieur Benzicouffa Lulu lui prouva qu’il avait tord. Et qui trompe Lulu, ne le trompera plus. « Par conséquent Monsieur Benzicouffa je vous prierai de remballer votre matériel et de revenir la semaine prochaine avec des intentions honnêtes. » « mais missieur j’i bisoin di travail, j’i bisoin di l’argent pour li mangé di enfants. » Lulu ne voulait rien entendre, une personne malhonnête n’avait pas sa place sur le marché de Mochelaville. Fou de rage le commerçant remballa parasols et tables, foudroyant des yeux la demoiselle. Mademoiselle Sanchez vendait des sous vêtements. Un peu gênée par la mise à l’écart de son néanmoins collègue, elle ne cachait cependant pas sa joie de pouvoir déballer tranquillement strings et soutien-gorges. « Je vous remercie mais ce n’était pas nécessaire de le renvoyer. » « Ne me remerciez pas je n’ai fait que mon travail » « Je viens tout juste de commencer mon activité, vous viendrez choisir un ensemble pour votre femme. » à suivre…

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